Histoire de Flóki

Extrait du :
Voyage en Islande et au Groënland
exécuté pendant les années 1835 et 1836 sur la corvette "La Recheche"
Histoire de l’Islande par M. Xavier Marmier (ed. Arthus Bertrand, 1840)

"… Le récit de Gardar, joint à ce que l'on savait déjà du voyage de Nadodd, excita enfin la curiosité des Norvégiens. L'un d'eux partit exprès pour chercher cette île lointaine où le hasard avait conduit ses prédécesseurs. Ce troisième explorateur de l'Islande était aussi un de ces navigateurs aventureux dont la vie se passait à chercher une proie sur les mers, ou à se battre sur les rivages étrangers. II s'appelait Flóki, et descendait, dit Schôning, des anciens rois de la province de Hedemark.

Sa profession de pirate n'entachait pas son illustre origine et ses courses guerrières avaient agrandi son patrimoine. Quand il prit la résolution de s'en aller faire son voyage de découverte, il équipa lui-même un navire, puis il offrit un sacrifice aux dieux et leur consacra trois corbeaux qui devaient le guider dans son voyage ; car alors on ne connaissait encore ni la boussole, ni les instruments dont on se sert aujourd'hui pour connaître la hauteur du soleil et calculer la latitude.

kern flokiÀ l'endroit où le sang de l'holocauste avait coulé, sur les frontières de la province de Hordaland et Rogaland, Flóki éleva une pyramide en pierre comme un monument de son respect pour les dieux et de son entreprise. Puis, il partit.

 

Il se dirigea d'abord vers le Hiatland, ensuite il aborda aux Færoe, et s'y arrêta quelque temps pour marier sa fille à un homme d'une naissance distinguée. Jusque-là il n'avait pas encore employé ses corbeaux. La route de Norvége aux Færoe était déjà, à ce qu'il paraît, assez connue pour qu'un marin put la suivre hardiment à l'aide de sa propre expérience et des notions recueillies sur différentes côtes. Mais une fois qu'il se retrouva en pleine mer, cherchant la position de l'Islande, il lâcha un de ses corbeaux ; et le guide infidèle au lieu de voler en tête du bâtiment retourna vers la terre que Flóki venait de quitter. Un peu plus loin, il lâcha le second corbeau qui s'élança légèrement dans les airs, voltigea de côté et d'autre, puis ne voyant de toutes parts que la mer sans bornes revint chercher un refuge sur le navire. Enfin les voyageurs lâchèrent le troisième corbeau ; celui-ci prit son essor sans hésiter et vola en droite ligne.

Le bâtiment navigua dans la même direction, et Flóki ne tarda pas à reconnaître la terre. Il était arrivé sur la côte orientale ; il navigua vers le sud. Au moment où il entrait dans une baie d'où l'on pouvait voir cette magnifique montagne couverte de neige qu'on appelle le Snæfells-JökulI, un de ses compagnons, nommé Faxi, lui dit : « Nous devons être ici près d'une grande terre, car il en sort de grandes eaux qui tombent dans la mer. » Cette baie reçut alors le nom de Faxi (Faxafiôrdur), et depuis ce temps l'a toujours conservé. Cependant, Flóki, continuant ses explorations, entra dans une autre baie connue sous le nom de Breidifiordr (baie Large), et débarqua dans un des petits golfes qui la sillonnent. Toute la côte était très-riche en poissons, et les Norvégiens, séduits par les magnifiques produits de leur pêche, résolurent de s'établir là, et se bâtirent des cabanes.

Mais bientôt l'hiver vint, un hiver qui leur fit regretter ceux qu'ils avaient passés en Norvège. peche flokiLes bestiaux qu'ils avaient amenés avec eux périrent. Le printemps fut froid et humide. Flóki, attristé par ces longs jours de neige et de vent, essaya de se distraire en explorant le pays. Il s'en alla par terre du côté du nord, et du haut d'une montagne aperçut un golfe rempli de glace. Il l'appela Isafiordr (golfe de Glace.) Puis il changea le nom que Nadodd et Gardar avaient donné à cette contrée, et lui imposa le nom douloureux qu'elle a toujours gardé, le nom d'Island (terre de Glace).

Enfin le soleil d'été parut. La terre reverdit. La mer se montra calme et pure. Flóki voulait partir. Mais ses préparatifs ne furent terminés qu'en automne. Déjà les jours devenaient sombres, l'orage commençait à gronder. Cependant, il se mit en route. Mais un vent impétueux le repoussa en arrière. Le bateau, dans lequel se trouvait un de ses amis Hiôrûlf, fut rejeté au loin. Flóki parvint à gagner Hafnarfiôrdr, et y passa l'hiver. L'été suivant, il rejoignit Hiôrûlf et rentra avec lui en Norvége.

Là, Flóki fit un tableau sinistre de cette île d'Islande où il avait été condamné à passer deux hivers. Hiôrûlf, plus juste, en indiqua tout à la fois la misère et les ressources. Mais un de leurs compagnons de voyage, nommé Thorolf, dit que c'était un pays de bénédiction où le beurre découlait de chaque brin d'herbe et de chaque branche d'arbre. On lui donna, pour se moquer de lui, le surnom de Beurre."

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