Passer des nuits en mer

Publié le 20 mars 2021.

Pour passer la nuit, trois solutions :

  • Se réfugier douillettement dans une marina
  • Tracer, tracer la route jusqu’au bout de la nuit,
  • Mouiller un peu de chaine et de câblot dans une baie abritée.

Même si ce n’est pas forcément la plus facile, il n’y a pas vraiment de différence avec ce qu’on fait pendant nos sorties de weekend, à part qu’on n’a pas à chercher son emplacement et qu’on n’a pas besoin de prévenir la Capitainerie.

Donc les deux options restantes :

1. Naviguer de nuit

Pour les longues navigations on s’est déjà entrainé avec une vigilance à tout instant lorsqu’on s’éloigne un peu des chenaux. En Manche par exemple on essaie de les suivre au plus près pour éviter de rencontrer trop de casiers, mais on croise alors un chalutier qui fait des ronds dans l’eau. Notre équipement personnel nous permet de lutter contre le froid et l’humidité (voir Oublier l'eau et rester au chaud) mais on doit soit habituer nos yeux à l’obscurité, soit éclairer notre route d’une manière ou d’une autre.

Navigation de nuitL’avantage des nuits d’été, c'est qu’on y voit relativement bien et pendant une longue période. Il reste quand même 3-4 heures dans le noir (à moins que la lune décide de se montrer). Plus notre route montera au Nord et moins l’obscurité totale sera longue (CQFD). En attendant il faudra composer.

En plus des éléments qui font partie de la panoplie de base du plaisancier (anémomètre, sondeur, et loch) et qu’on utilise bien entendu de jour comme de nuit, on s’est équipés de plusieurs instruments qui nous permettent d’y « voir » et de savoir où on est et où on va :

  1. Une torche électrique rechargeable sur le 12 V de longue portée. On l’allume de temps en temps vers l’avant du bateau pour voir si le route est dégagée. Ce sera aussi très pratique pour des arrivées sur du mouillage dans la nuit.
  2. La cartographie électronique (à jour) reprise sur notre nouveau traceur. A cela j’ajoute un abonnement annuel chez Navionics pour avoir ça sur mon téléphone.
  3. Un radar couplé au traceur pour voir toutes les sortes d’unité plus ou moins grosses et éventuellement repérer les OFNI (comme des containers en cavale qui restent muets aux appels VHF).
  4. Enfin et non des moindres, un système AIS envoi/réception pour voir et être vu des autres bateaux même par temps couvert et brumeux. Ça devrait faire partie des instruments obligatoires pour la sécurité de tous, même pour la plaisance. Non seulement ça il nous permet de voir précisément sur la carte les routes et vitesses de tous ceux qui en sont équipés, mais aussi de nous présenter sur leurs écrans ce qui facilite grandement la communication à la VHF au besoin. On l’utilise aussi beaucoup de jour pour virer de bord au bon moment ou laisser passer les gros dans une zone particulièrement encombrée. Rappelez-vous que notre bassin de jeu est entre Dunkerque et Calais où nos petits voiliers ne font pas le poids.

Voilà le schéma de principe de notre installation  :

     En tête de mât :
  • Anémomètre
  • Antenne GPS  

 En avant du mât (entre 1ère et 2nde barre de flèche) :

  • Radar Quantum

Sur la console de barre :

  • Axiom 9+ (cartographie Navionics)
  • Contrôleur du pilote
  • Répétiteur Anémomètre
 Au-dessus de la table à carte :
  • Répétiteur du sondeur + loch 

Le must serait d’avoir une caméra infra-rouge, mais c’est cher et notre programme actuel est de se cantonner dans du côtier et semi-hauturier. On navigue encore à vue entre les casiers. À voir pour plus tard si on en ressent vraiment le besoin.

2. La nuit au mouillage

Notre Oceanis 34 a, de série, une ancre plate Britany 16 kg avec 28 mètres de chaine (pourquoi 28, je ne saurais pas vous dire) et 40 de câblot. Bref 68 mètres de longueur totale. On n’est pas en Méditerranée, ce qui veut dire que le marnage est une donnée très importante.

Premier paramètre, l’ancre

ancre spadeElle doit pouvoir s’ancrer dans tous les sols (ou presque). La Britany est une bonne ancre sur la plage mais j’ai préféré passer à une charrue pour une meilleure accroche, et, quitte à la remplacer, on a pris une Spade comme ancre principale. C’est un gros investissement, mais c’est a priori ce qui se faite de mieux tant sur la polyvalence que sur sa tenue exceptionnelle. Pour pouvoir la repérer et la récupérer plus facilement, on a investi dans une bouée d’ancre automatique Grippy (avec les mini-panneaux solaires). La Britany va rester dans le coffre au cas où on aurait besoin d’un second mouillage.

Second paramètre, la longueur de la ligne de mouillage

On entend 3 fois la hauteur d’eau, 5 fois la longueur du bateau, etc. Ce n’est pas un secret, plus on a de chaine couchée sur le sable et plus le mouillage aura de la tenue. On peut voir ça sous un autre angle (c’est le cas de le dire) car plus l’angle entre la chaîne près de l’ancre et le sable sera important et plus on aura de chance de déraper ou pire.

Allez, petit calcul : sachant que :

  1. le marnage breton est de 6 à 10 mètres,
  2. qu’il doit y avoir 2,5 mètres au-dessus de l’ancre pour pouvoir la récupérer si c’est marée basse,
  3. que le marnage de notre crique idéale est de 8 mètres,
  4. que la météo reste clémente (force de retenue de 70% suffisante),
  5. et qu’enfin le vent et/ou le courant ne nous pousse pas vers la côte (échouage assuré)

Quelle est alors la longueur totale de mouillage que je dois dérouler pour passer une nuit tranquille ?

....vous donnez votre langue au chat ? Alors voilà la réponse

Je me suis inspiré d’un dossier technique de la SISL - Technique de mouillage ; ils sont basés au lac Léman ; même s’ils n’ont pas de marée, la technique et les calculs restent les mêmes. Dans nos mers nordiques, en plus du vent, on doit jouer avec les marées et courants.

C'est un peu empirique mais pour notre propre usage, j'ai créé une table de correspondance entre la tenue souhaitée et la hauteur du marnage (entre 5 et 10 mètres). N'hésitez pas à l'utiliser et l'adapter si vous trouvez ça utile.

Pour pouvoir aborder la grande majorité des mouillages sans risquer de déraper avec nos 68 mètres qui assureraient  70% de tenue en conditions normales, on s’est équipé de 50 mètres de chaîne et 50 mètres de câblot.

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